Laisser sciemment des gens dans le froid hivernal
- Blandine Chabot

- il y a 11 heures
- 2 min de lecture

La neige est déjà bien tombée en cette fin novembre et, au-delà de mon amour éternel pour la beauté de cette poudre céleste, qui m'enchante autant dans sa chute que lorsqu'elle a pris ses quartiers, je ressens une douleur et une impuissance tenaces. Je pense à tous les humains qui vivent dehors, dans une tente, ou même pas, et qui ont froid.
Avec tous les moyens matériels et financiers dont dispose notre société, comment est-il acceptable de laisser dehors des êtres humains en hiver ? Ça me dépasse complètement.
Les locaux pouvant accueillir les personnes sans-abri, qu'ils soient vacants ou non, e.x.i.s.t.e.n.t. Et l’argent, il y en a. Alors, pourquoi ?
Je me demande ce que devient la notion de non-assistance à personne en danger dans tout ça. Laisser sciemment des gens ayant besoin d'aide dans le froid mortel de l'hiver, n'est-ce pas là un exemple épouvantable de non-assistance à personne en danger ? Je pose la question.
Encore une fois les bâtiments, vacants ou non, sont là. Églises. Gymnases. Arénas. Locaux municipaux destinés aux rassemblements. Chalets d’accueil dans les parcs. Roulottes de chantier. Etc. Alors je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas le branle-bas de combat pour mettre tout le monde au chaud avant l’arrivée de l’hiver. Il est question de vies humaines, et les protéger devrait avoir priorité sur tout le reste. Ce qu’il manque ce ne sont pas des moyens matériels ou financiers. Ce sont des valeurs.

Empathie.
Solidarité.
Sens du devoir.
Considération pour la vie humaine.
Je lance deux suggestions à nos hauts dirigeants. La première : éteindre leur chauffage pendant 48 heures, en plein hiver. Je les invite à le faire par solidarité, même si les 12 degrés qu'ils auront à endurer depuis leur canapé ne sont pas comparables avec le froid qui abîme ta peau et rigidifie tes articulations quand tu passes des heures et des heures dehors, et je les invite à le faire pour comprendre ce que ça fait d’être privé de chaleur.
Je les encourage aussi à aller passer une soirée dans un refuge pour personnes sans-abri, et à annoncer à tous ceux qui n’auront pas la chance d’avoir un lit ce soir-là qu’ils doivent retourner dehors. En plein hiver. Je les invite à formuler cette phrase dévastatrice et indigne de notre société, plusieurs fois en une seule soirée, puis à affronter les regards qui s'ensuivent. Car le problème vient peut-être de là, finalement. D’une absence de confrontation à la réalité.
Si cette expérience ne les pousse pas à revoir leurs priorités et à ordonner sur le champ la réquisition de lieux pouvant accueillir et nourrir les citoyens à la rue, je crois que leur âme, et leur conscience, les ont définitivement quittés.
Une société ne peut se dire civilisée quand elle laisse sciemment les siens crever de faim et de froid. Non, elle ne mérite pas ce titre.


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